Témoignage de Lucie.

« Cher passé, merci pour toutes ces leçons, cher futur je suis prête ! »

Il y a un an j’apprenais soudainement que j’étais enceinte de 4 mois. J’étais déjà maman d’une petite puce de 10 mois et en pleine formation d’éducatrice spécialisée. J’étais séparée du papa : les choses commençaient à s’apaiser (il me semblait) entre nous deux et je me suis sentie totalement désemparée face à cette nouvelle grossesse bien avancée qui s’imposait à moi. Elle a réveillé beaucoup d’angoisses et de traumatismes vécus plus jeune et j’étais effrayée de sentir que je n’aimais pas ce deuxième petit qui grandissait en moi, mon corps le refusait (j’ai eu mes règles jusqu’à 4 mois de grossesse et aucun symptôme ne m’aurait alertée si ce n’est une soudaine douleur à l’ovaire gauche)… et mon mental ne parvenait pas à réfléchir posément pour imaginer l’avenir.

Il y a 11 mois, j’ouvrais la porte de Magnificat et j’y déposais mes valises, ma grande fille et mon bidon jusque-là invisible. La décision de m’installer à la maison a été très difficile à prendre, j’ai eu beaucoup de mal à peser le pour et le contre, quitter ou non ma formation, me rapprocher de la famille ou m’installer dans un endroit plus neutre, me retrouver à vivre en communauté après avoir vécu seule pendant 6 ans, etc…

Je pensais, au départ, seulement essayer ce mode de vie quelques semaines, le temps d’apprivoiser mon deuxième petit bout et de réussir à m’affirmer face au papa, et ensuite reprendre ma formation. Finalement je suis restée vivre à Magnificat 10 mois, le temps de voir défiler chaque saison et de me voir évoluer en même temps que mes enfants.

S’il fallait décortiquer tout ça, avec du recul (enfin bon, un peu de recul, parce que ça fait seulement 2 mois que j’ai quitté la maison), je dirais que les 2 premiers mois ont été les plus difficiles… A me demander ce que je faisais là, je n’avais pas forcément lié d’affinités avec les mamans dès le début, je regrettais d’avoir laissé tomber ma formation, je me sentais mal à l’aise d’être accompagnée par certaines éducatrices plus jeunes que moi et ayant fait la même formation que moi, je me demandais si j’avais bien fait de quitter le papa qui finalement s’avérait être quelqu’un de gentil et attentionné, je stressais lors des repas parce que je n’avais plus l’habitude de manger accompagnée, je bouillais intérieurement face aux « obligations quotidiennes » de la Maison (c’est-à-dire les heures de repas fixes, la cloche qui sonne, le grand ménage du jeudi, les courses et la liste des menus), j’étais déstabilisée de sentir les yeux des éducatrices dans la Maison et stressée d’éduquer ma fille dans une maison habitée par d’autres personnes qui pouvaient analyser mes attitudes face à son comportement.

Puis les 2 mois qui ont suivi, la grossesse avançant, j’ai été vivre 1 mois dans la maison de Ligueil et c’est un temps qui m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement de la Maison, elle m’est alors apparue plus clairement dans ses missions, dans le rôle de chacun et chacune et j’ai commencé à créer un lien de confiance avec l’équipe et les mamans. J’ai pu accoucher près de ma famille et accompagnée par ma maman. Ça a été un moment très éprouvant, notamment avec le papa. A mon retour sur Laval, désormais maman de 2 grenouilles, je suis arrivée beaucoup plus apaisée et j’ai pris la décision de commencer les démarches juridiques pour pouvoir aborder la question de la garde des enfants. Ça semble simple, écrit en quelques mots, mais c’est très complexe dans les faits, ça signifie entre autres faire le deuil d’une relation, introduire la justice dans ma famille, prendre le risque que mon histoire et mes fragilités soient dévoilées au grand jour. Je pense que ce fut une bonne décision.

Les 2 mois suivants ont été bien chargés entre l’apprentissage de vivre avec deux enfants au quotidien, l’allaitement de la petite et la grande qui apprend à manger seule et s’essaie à la propreté, les demandes de logement social et les recherches assidues d’une crèche pour les petites étant donné que je comptais reprendre ma formation d’éducatrice. Entre la préparation de l’audience avec les échanges avec mon avocat et l’organisation des premières vacances d’été de ma grande fille avec son papa… Finalement j’ai reçu une réponse négative de la crèche (il se trouve que j’avais décidé que si la crèche c’était non et bien la formation c’était non aussi, parce qu’une assistante maternelle à temps plein pour 2 enfants c’était difficilement jouable financièrement) et étonnamment, ça m’a enlevé un poids. Je me suis sentie sereine de ce choix, et heureuse de pouvoir finalement avoir davantage de temps pour éduquer mes petites filles et continuer à allaiter mon bébé.

Les 2 derniers mois avant de quitter la maison, il commençait à être temps pour moi de m’envoler à nouveau pour vivre en famille avec mes petites et prendre un nouveau départ. J’ai noué de belles relations d’amitié profonde avec des mamans avec qui j’ai vécu pendant plusieurs mois, je les ai vu arriver, évoluer elles aussi avec leurs doutes et leurs moments de découragement, et puis j’ai vu des enfants naître, des jeunes filles devenir mères. J’ai assisté à des histoires drôles et moins drôles, des moments « relous » aussi parce que bien sûr ça n’est pas « rose bisounours » tous les jours. Il faut faire le choix d’accepter la vie en communauté avec tout ce que ça implique. Quand on arrive on ne sait pas avec qui on va vivre, alors il faut forcément un peu de temps pour s’adapter.

C’est précieux d’avoir une oreille attentive et bienveillante lorsque la tête est pleine de doutes et de questionnements. Et puis, même si lorsque je suis arrivée j’étais déjà maman, ça n’est pas parce qu’on a déjà eu un enfant qu’on sait comment faire pour le deuxième. J’ai pas mal tâtonné les premiers mois de bébé, lorsque ma grande demandait une présence particulière et par exemple elles n’ont pas du tout le même caractère ni les mêmes besoins au même âge.

Passer ce temps à Magnificat m’aura aussi permis d’apprendre à me connaître un peu mieux et à prendre du temps pour vivre, à ne pas fuir dans le travail ou les études ni courir partout pour oublier de penser et de se souvenir. J’essaie maintenant de vivre sans renier mon passé et d’accepter d’avoir vécu tout ce que j’ai vécu, le beau et le moins beau car celle que je suis maintenant a été construite avec tout ça et ça fait partie de moi.

Aujourd’hui je me connais mieux et je sais où se trouvent mes fragilités que je m’efforçais de cacher en montrant une apparence de femme forte. Je sais qu’il y a encore à travailler pour panser mes blessures mais je me sens mieux armée pour les combattre : merci à la Maison pour m’avoir permis de renouer avec une image positive de moi. J’ai eu la chance d’être accueillie comme j’étais et avec tout ce que je portais.

La semaine prochaine auront lieu l’audience et l’échange avec le juge aux affaires familiales. Je suis maintenant bien installée chez moi avec mes deux enfants, j’ai trouvé un appartement et les petites commencent tranquillement à s’adapter à leur nouvel environnement.

J’appréhende la décision juridique et j’espère que nous saurons trouver le meilleur pour nos enfants, car elles méritent le meilleur.